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Communautarisme : ma réponse dans Marianne

16 novembre 2013, l’hebdo Marianne publie ma réponse dans ses colonnes suite aux accusations de “communautarisme” lancées contre ceux qui (à mon sens) veulent vivifier la République (encore récemment contre Esther Benbassa, après moi-même, Olivier Ferrand et d’autres encore). 

Un communautarisme peut en cacher un autre !

Il est de bon ton (et Marianne en sait quelque chose) de s’inquiéter de la montée «du» communautarisme (entendez «noir-musulman-banlieues») à l’assaut (pèle mêle) de l’idéal républicain («idéalement» mis en pratique), de la laïcité (bien sûr) de notre vivre ensemble (mais, si possible, chacun à sa place).

Qu’en est-il du communautarisme «blanc», du communautarisme «de classe», fut-il inconscient car tellement intégré, de celui des gardiens de l’ordre établi, fussent-ils de gauche, de cet entre-soi qui exhibe, certes, quelques réussites hautes en couleurs mais se tait massivement sur la réalité et l’ampleur des discriminations ? Des discriminations d’une grande violence pour tous les citoyens nourris aux promesses d’une légendaire égalité… Et qui, tout autant, condamnent la République à… tourner en rond, donc à régresser. Une société qui exclut sa diversité (voilà le véritable problème français d’intégration) est une société qui se tourne le dos, qui s’exclut d’elle même, de son histoire, du mouvement de son identité, de son évolution. De son avenir…

Voilà un scoop : loin d’être communautariste, la détermination à faire bouger les lignes d’une France figée sur ses certitudes, ignorante du nouveau monde qui éclôt en son sein, est un combat au service du devenir collectif.

Oui, un combat « communautaire » peut servir de rebond à la majorité : le Pacs en est un exemple. Celui des Noirs de France pour la reconnaissance de l’esclavage a servi toute la société : tous issus de cette histoire, nous en sortons tous grandis. Le spécifique, le particulier n’excluent en rien la mise en commun ; la possibilité d’exprimer ses différences permet de ne pas être exclu, et de ne pas s’exclure, de ce qui nous réunit : in fine de nos ressemblances.

Le fil communautaire peut donc participer d’une dynamique sociétale. Il peut aussi contribuer, sans exclusive, à l’épanouissement -personne n’aimant être suspendu dans le vide. Plus encore, lorsqu’une société vous éloigne dans « vos » quartiers, se refuse ou, plus subtilement, se dérobe à vous… lorsque le communautarisme majoritaire voit dans l’expression d’une « différence » celle d’une dangerosité.

En réalité, ce qui est communément dénoncé comme «communautariste» reste, le plus souvent, l’expression d’un désarroi face à une solidarité fragmentée, bien plus excluante, humiliante, meurtrière : celle qui s’exprime vis à vis de sa caste.

Est-ce à dire qu’il n’y a, y compris du côté des minorités, aucun problème de repli ? Certainement pas. À titre d’exemple, la stigmatisation désormais quasi obsessionnelle des signes «musulmans» ne fait que développer dans cette communauté un sentiment de bloc, défensif, donc négatif, qui ne favorise pas les débats de fond dépassionnés. Lorsqu’on est systématiquement désigné comme « un problème », voire « le problème », la nuance et la complexité ne sont pas les bienvenues.

N’oublions pas que, jusqu’à présent, les rares progrès constatés dans ces domaines au sein de la société française sont le fruit d’une conjugaison : celles de volontés affirmées de quelques individus si critiqués pour avoir pactisé avec les «théories communautaristes» (ainsi, hier, Richard Descoings pour Sciences Po ou Olivier Ferrand pour Terra Nova), et celle des combats impulsés par ceux que, justement, l’on taxe abusivement de « communautaristes » lorsqu’ils souhaitent vivifier notre République.

Mais dans la gestion de sa relation avec les minorités, un enjeu pourtant majeur pour son devenir, la société française n’en est pas à une contradiction près…

Marc Cheb Sun.

 

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