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Ma conclusion du colloque

Une journée au colloque d’ACHAC : Sexualité, colonisation et immigration Enjeux et héritage.

Dans le sillage du livre Sexe, race et colonies se tenait au Musée National de l’Histoire de l’Immigration, un colloque organisé par le collectif d’historiens ACHAC. Un panel de 23 chercheurs y ont exposé la genèse du livre, une histoire coloniale sous le prisme de la domination des corps. Voici le texte de ma conclusion qui a fermé la journée.

colloque "Sexualité, colonisation, immigration"

Ce fut une journée très intense, très dense, violente aussi. Ces allers et retours en fascination et répulsion, ces voyages au cœur d’une âme humaine dégradante et dégradée -conjuguée à une politique de domination, d’exploitation et de négation d’individus et de peuples jusqu’aux rebords les plus intimes… Là où les parts d’ombre se cachent aussi.

Sexe, race et colonies, le titre déjà.

Il faut bien entendre que si nous devons TOUS étudier et transmettre cette histoire, une histoire qui résonne fortement en nous quelques soient nos origines, elle tremble aussi très particulièrement à fleur de peau pour celles et ceux qui sont -pas seulement mais aussi- les héritiers de ces violences. Celles qui ont scarifié les esprits et les corps.

Outre la nécessité de connaître et transmettre notre histoire, il est troublant de constater à quel point ces relations racisées, ces traces du corps colonisé, ressurgissent aujourd’hui encore sur les histoires amoureuses et sexuelles. Les histoires, les contournements, les fantasmes.

Oui, j’emploie ici le mot racisé, un mot que je déteste pourtant souvent entendre. Par exemple lorsqu’on désigne racisées des personnes parce qu’elles sont d’origine afro-caribéenne, asiatique ou maghrébine. En le faisant on inscrit une destinée à la place de celui ou celle qui est seul-e légitime à l’écrire. On la fige quand la vie de chacun-ne ne saurait être que mouvement.

Pour autant, je trouve tout aussi incantatoire et aveuglé, le fait de rejeter ce mot lorsque des contextes, des situations passées ou actuelles correspondent exactement à ce que son acte produit : la racialisation d’une personne ou d’un groupe. Et c’est bien ce que Sexe, race et colonies nous raconte.

J’ai travaillé cette année sur le thème La couleur du désir à travers de multiples entretiens. Parmi eux, Rokhaya Diallo me confiait à quel point l’image de la femme noire reste aujourd’hui celle d’une femme qui ne peut être «tendre, délicate». Et j’ai entendu, durant ce colloque, comment on avait construit l’image d’une femme noire viriliste en même temps qu’hyper sexualisée.

Les traces sont nombreuses notamment sur internet. Sur les sites X (et nos ados grandissent aussi avec), le corps de «l’autre» racisé est la règle. Là aussi, le mot a du sens : la norme est blanche et le corps noir, asiatique, arabe correspondent à ce que d’autres ont décidé pour eux.

Les traces sont nombreuses. Violentes. Même si d’autres histoires heureusement s’inventent. Se cherchent en tous cas, et c’est une bonne chose.

Marc Cheb Sun, auteur, directeur de dailleursetdici.news

Pascal Blanchard : « L’ordre colonial a organisé la sexualité au nom de critères raciaux validés par la science », Le Point

Christiane Taubira : « Le livre “Sexe, race & colonies” restera une référence », Le Monde

Bilguissa Diallo : Une journée au colloque d’ACHAC : Sexualité, colonisation et immigration Enjeux et héritage. D’Ailleurs et d’Ici

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