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Marc Cheb Sun dans Le Nouvel Observateur

2 mars 2011. Marc Cheb Sun, directeur de la rédaction de Respect Magazine, dénonce “l’absence totale de cohérence” dans la politique de Nicolas Sarkozy concernant les minorités.


Un débat sur l’islam et la laïcité est-il nécessaire selon vous ?

– Non seulement il n’est pas nécessaire, mais c’est tout le contraire qu’il faudrait faire. Le débat que propose Nicolas Sarkozy intervient après le naufrage de celui sur l’identité nationale et les dérapages sans aucun contrôle de ministres jamais recadrés. Cela a ravivé de manière passionnelle un sujet complexe, livré en pâture aux Français. Tout l’inverse du discours de Barack Obama sur la question raciale de 2008. Le président américain a réussi un tour de force : parler de ce qui fait mal, la question raciale, et évoquer les passions qu’elle déchaîne, dans le cercle-même de ses proches. Il a cherché à rationaliser ce problème. En France, il n’y a pas eu de vision, pas de pensée sur l’islam. Le débat, tiré vers le bas, a des visées électoralistes. C’est un fiasco de A à Z pour l’UMP, puisque le Front national remonte.

Nicolas Sarkozy a œuvré à la création du Conseil français du culte musulman, a prôné la laïcité positive, alors que dans un même temps, l’islam a été stigmatisé pendant son mandat : loi sur le voile intégral, débat sur l’identité nationale… N’y a-t-il pas contradiction ?

– On constate une absence totale de cohérence sur les sujets ayant trait aux minorités et à la diversité. Concernant le Conseil français du culte musulman, qui était une idée de Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Sarkozy s’est inscrit dans la logique de succession des ministres de l’Intérieur et a certes fait preuve d’un certain activisme dont les effets ont par ailleurs été critiqués. Et, de fait, quand le chef de l’Etat évoque la laïcité positive, c’est devant le pape, pas devant les imams de France. Et il n’a pas appelé à débattre le 5 avril sur la place des religions, mais sur celle de l’islam. Ces discussions, qui s’inscrivent dans un contexte de montée du Front national, font que les Français ne pensent pas à l’islam en tant que tel, ce qui est logique car ils ont d’autres préoccupations, mais au problème que pose l’islam. C’est un choix qu’il faudra assumer. Le mandat de Nicolas Sarkozy aura contribué à monter les citoyens les uns contre les autres.

 N’y a–t-il pas également opposition entre laïcité et islam?

– Absolument pas. Qu’y a-t-il de moins laïque pour un président de la République que d’appeler à une convention sur l’islam ? Les musulmans se sentent humiliés médiatiquement et politiquement.

 Qu’en est-il de la notion d'”islam de France” que prône Nicolas Sarkozy ? Est-ce une réalité ?

– Ce n’est pas au président de la République d’adresser une injonction aux musulmans en leur disant soyez ceci, soyez cela, ce n’est pas son rôle. Cela ne prend pas en compte les différences des musulmans de France, qu’elles soient  dans la différence de leurs héritages géographiques et culturels, ainsi que les différences sociales ou d’interprétation. Ces débats se font dans le temps, en recréant un lien. Il faut les laisser se dérouler à leur rythme, dans une société qui inclut sur le mode de l’échange. Ils ne doivent pas répondre à des injonctions qui mettent les citoyens dans une position défensive. Les dégâts sont déjà immenses. La classe politique ne réalise pas à quel point ces années auront marqué le citoyen, en laissant des traces psychologiques. Il faut prendre le relais. D’autres personnes, et des politiques, doivent apporter d’autres visions.

Interview de Marc Cheb Sun,  par Bérénice Rocfort-Giovanni


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