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Contre le racisme et l’homophobie, quels fronts communs?

Introduction de Marc Cheb Sun à la rencontre « Contre le racisme et l’homophobie, quels fronts communs ? » ayant eu lieu le samedi 7 décembre, au Barbès Comedy Club.

Etre le média d’une France plurielle, c’est travailler à la reconnaissance, au respect, à la valorisation de toutes les composantes qui font la société française. C’est combattre toutes les discriminations qui conduisent certaines et certains, en raison de leur couleur, de leur religion, de leur santé, de leur milieu social, de leur sexualité ou leur mode de vie à être exclu de tout ce qui doit leur appartenir aussi : l’emploi, le logement, mais aussi la culture, les loisirs, le sport. Le droit de définir eux-mêmes, elles –mêmes qui ils sont et ce qu’ils veulent faire de leur vie

Etre le média d’une France plurielle, c’est créer des passerelles là où c’est nécessaire, ce que nous faisons au quotidien avec notre média, et que nous voulons développer avec ces rencontres.

Avec une exigence : pas seulement constater ce qui ne va pas, mais être force de propositions pour changer la donne. Ça sera le fil rouge de cette rencontre : chercher des solutions et les moyens de les mettre en œuvre.

Enfin être le média d’une France plurielle c’est être convaincu d’une chose essentielle : les populations exclues, marginalisées, chassées de la mémoire collective, discriminées ne sont pas seulement cela, jamais que cela : elles sont des voix de résistance et donc d’invention,  de créativité, de mouvement qui bousculent et enrichissent toute la société. Etre le média d’une France plurielle, c’est vouloir valoriser cela, ces inventions-là.

L’ADN de d’Ailleurs et d’Ici, c’est la diversité ethnique, religieuse, sociale de la société française, c’est là-dessus que nous sommes fondés. Nous sommes venus à d’autres problématiques, comme la question gay, par le biais de personnes qui portent en elles cette double discrimination, et potentiellement cette double invention d’autres modèles :

Noire et lesbienne,

homo et musulman,

asiatique et transgenre,

gay en banlieue

etc etc etc car les combinaisons sont infinies

Je vais vous lire un court extrait d’un mail que j’ai reçu (avec son accord bien sûr), un court extrait car ce témoignage fait pas loin de 10 pages :

« Salam, je m’appelle Zyad, et oui comme mon frère qui en 2005 s’est fait cramé dans une centrale électrique pour échapper aux flics, vous vous rappelez j’espère.

je ne vis pas à Paris mais dans la ville la plus macho de France, certains la reconnaîtront . j’ai 21 ans, je suis un beat maker, pour ceux qui ne savent pas c’que c’est : je fais des drôles de sons avec ma bouche qui forment des rythmes, ça se passe dans le hip hop,

Sinon je suis noir, musulman, pas seulement d’origine : je crois et e pratique. Jusque là tout va bien, enfin façon de parler, parce que c’est déjà pas l’idéal  en France pour démarrer du bon pied

Mais en plus de ça, j’ai bien dit « en plus » pas « en moins », bien voilà je suis gay, enfin j’aime pas le mot parce que jsuis ni gai ni triste,  et je ne me reconnais pas, mais alors pas du tout dans ce milieu qui m’a rejeté tout autant que les autres.  Combien de fois j’ai entendu quand je voulais tenter d’aller dans un club gay : « on veut pas de racaille » (le videur) tu prends combien ? (un mec dans la boite) ou « mais t’es pas musulman au moins ? » (celle-là c’est un classique)

Alors on va être direct, sexuellement mais aussi amoureusement, mon truc c’est les mecs, c’est comme ça, j‘ai essayé de changer et ça n’a pas marché et maintenant j’me dis « mais pourquoi je changerai au fond ? ceux qui sont pas gays, ils essaient de changer ? non alors moi non plus !

Quand je l’ai dit autour de moi, d’abord on m’a pas cru : « arrête t’as pas une tête de pd » . Du coup j’ai cherché c’est quoi une tête de pd et j’ai pas trouvé parce que y en pas une, y en a 1000. Des têtes de gens qui sont homos, pas des têtes de pd !

Après, ça a été la misère, la vraie misère, j’ai même été SDF, et puis finalement grâce à ma sœur, qu’a convaincu mon frère et m’a mère, qu’ont ensuite presque convaincu mon père, bien les choses s’arrangent un peu.

Des musulmans (après m’avoir fait la misère) m’ont dit « ok on te laisse tranquille mais ne dis pas que t’es musulman au moins, ça, ça peut pas le faire, à un moment il faut choisir ». Le nombre de choix qu’on a exigé que je fasse ! Dans le hip hop on m’a dit, « démerde toi que ça se sache pas et on fera comme si » Bein j’ai tenu tête à tous, résultat : je vais me casser parce que j’ai plus rien à faire dans cette ville, je vais aller ailleurs et là ça sera pas négociable : tu m’acceptes on parle, tu m’acceptes pas, tu traces »

Merci Zyad pour ta confiance.

Aujourd’hui nous n’avons pas invité ceux qui stigmatisent un seul responsable de ces multiples rejets : ceux qui désignent l’islam,  ou les banlieues ou le communautarisme (« le » communautarisme : comme s’il y en avait qu’un seul !) ou encore un « lobby gay et blanc» n’ont pas été invités, ils le sont suffisamment ailleurs

Nous avons invité ceux qui sont prêts à construire !

Alors construisons, je laisse la parole à Charles Cohen et Bilguissa Diallo pour interpeller nos invités. Et n’oubliez pas : des idées, des solutions, des ébauches pour le moins.

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